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Les mauriciens n’ont plus confiance dans la presse

Ils sont unanimes à reconnaitre que la presse ne joue plus, depuis longtemps déjà, son rôle de quatrième pouvoir, capable de susciter de grands débats sur des questions nationaux, jusqu’ à faire plier les décideurs politiques.

La confiance dans la presse a, de l’avis de  nombreux observateurs, commencé à dégringoler  après l’acceptation dans les années 70 d’un poste d’ambassadeur par un journaliste, jadis intervieweur redouté d’un hebdomadaire. Les lecteurs qui lui étaient fidèles se sont sentis trahis tout d’un coup. Ainsi ils découvraient que les des étaient pipés d’avance.

La déception s’accentuait après les élections de 2014. Ils n’étaient pas moins d’une quinzaine, les journalistes, d’un groupe de presse particulier, de traverser le rubicond pour rejoindre les arcanes du pouvoir soit en conseillers en communication ou attachés de presse de ministre. Pour leurs lecteurs et autres auditeurs, c’était la déception.

L’après élections 2019 n’est pas différente. Si certains, fidèles à la voix de leurs maitres,  ont pu conserver leur postes d’attachés de presse, d’autres s’apprêtent à poser leurs valises dans des couloirs ministériels, ou des institutions paraétatiques. Comment les blâmer, puisqu’ils verront salaire augmenter de 100%. Mais il ne faut s’acharner sur les journalistes.

Comme le dit Rabin Bhujun, il est un peu trop facile d’accuser les reporters en affirmant qu’une chaîne n’est pas plus solide que son maillon le plus faible. L’expression la plus juste pour la presse, selon lui, est plutôt « le poisson pourrit toujours par la tête ».

Il faut bien constater la faillite partielle du leadership dans la presse. Sinon comment expliquer que pas un seul, soi-disant, grand journal, ne dispose d’un rédacteur en chef. Soit quelqu’un qui soit capable de formuler une prise de position objective, quelqu’un qui soit capable, par sa témérité, de jouer le rôle de leader pour ses employés. Depuis quelques années, ceux qui étaient capables de galvaniser les lecteurs ont eux aussi change de camp. L’on  a aussi vu des propagandistes, voire des laqués de certaines puissance étrangères déguisés en  pseudos- journalistes, s’embusquer dans des salles de  rédaction.

Quand aux radios, dites libres, il échut aux seconds couteaux de jouer aux matamores. Du coté de notre paillasson national, il est encore le jour où l’on y verra une rédaction objective. Si une étude approfondie et rigoureuse était menée sur ce que pensent les Mauriciens de leurs médias, le tableau serait sans doute ambigu. Ce qui est certain, c’est que la presse, comme institution, ne susciterait plus la confiance de huit citoyens sur dix. Comme cela était le cas lors de sondages réalisés dans les années 90.

A relever, une  drôle de relation qui s’est installée entre journalistes et leurs audiences , une relation qui a , à son tour, généré ses propres dérives. A l’heure où la pertinence du journaliste se mesure au nombre de likes et de followers, un petit star system commence à s’installer dans la profession. Avec de plus en plus de journalistes qui oublient que n’étant pas des rock stars, ils n’ont pas de « fans », mais  tout au plus, des lecteurs, auditeurs ou spectateurs fidèles.

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